Mystérieux et invisible, le lynx est le plus grand félin d’Europe. Dès le crépuscule, le lynx parcourt silencieusement son territoire, seul. Ce n’est que pendant la période du rut, et au cours de l’élevage des jeunes que plusieurs animaux peuvent se côtoyer. Chasseur solitaire, il a un faible impact sur la faune sauvage et domestique. Pourtant on continue à le persécuter dans de nombreuses régions d’Europe.
À cheval sur trois départements (Ain, Jura, Doubs), le massif jurassien est aujourd’hui le cœur du territoire du lynx boréal en France. Exterminé à la fin du XIXe siècle pour son épaisse fourrure crème mouchetée de noir, il refait son apparition dans l’Hexagone en 1984, après la réintroduction en Suisse au début des années 1970 d’une dizaine d’individus originaires d’Europe de l’Est.
Ce grand marcheur qui occupe de vastes territoires (250 à 300 kilomètres carrés pour un mâle, 150 kilomètres carrés pour une femelle) a alors traversé la frontière pour s’établir dans le Jura. Depuis, il colonise le nord des Alpes, où il réside aujourd’hui en nombre limité, ainsi que les Vosges.
Le lynx était aussi, encore récemment, le seul des trois grands prédateurs à ne pas bénéficier d’un plan national d’action (PNA) pour sa préservation. Avant de démissionner de son poste de ministre de la Transition écologique et solidaire en 2018, Nicolas Hulot a imposé à son administration d’y remédier : un plan pour la conservation du lynx sera finalisé début 2021. Mais des associations de protection de la biodiversité dénoncent son défaut d’ambition: le plan ne mentionnera ni les « régulations » (comprendre : les tirs) voulues par les chasseurs, ni les réintroductions réclamées par les environnementalistes.
Le lynx boréal est haut sur pattes. Il porte une fourrure épaisse et sa queue, courte, se termine par une touffe de poils noirs. La tête est encadrée de favoris et des pinceaux de poils – de 3 à 4 cm – se dressent à l’extrême pointe des oreilles.
Le lynx ne rugit pas mais ronronne comme un chat domestique. Sa fourrure tachetée de noir lui confère un mimétisme impressionnant. Quelle que soit la saison, il est difficile de le distinguer dans son milieu.
Animal solitaire vivant sur de grands espaces, le lynx est un chasseur
nocturne qui n’a pas de gîte fixe. Durant la journée, il somnole au soleil sur des rochers en surplomb ou s’abrite du vent et de la pluie sous le couvert des arbres.
Exclusivement carnivore, il se nourrit essentiellement de proies qu’il a capturées lui même : chevreuils, chamois, petits rongeurs, mais aussi des insectes et des oiseaux. Capable de se cantonner pendant plusieurs jours sur quelques hectares, il peut au contraire parcourir plus de 10 km sans s’arrêter.
Le lynx est réputé pour être un solitaire. Cependant les territoires des mâles et des femelles se recouvrent en partie. Il n’est pas rare qu’ils se rencontrent mais la plupart du temps ils s’ignorent ou s’évitent. À partir de décembre, les rencontres deviennent de plus en plus fréquentes. Le mâle comme la femelle laisse des marques odorantes de leur passage.
Au début du printemps, commence vraiment la saison des amours. Le mâle en rut lance de longs appels rauques. La femelle décide de lui répondre… ou pas. La période de rut dure de début février à avril avec un maximum vers le mois de mars.

Après la rencontre, les deux congénères se flairent et se saluent. Le salue lynx est un genre de frottement tête contre tête avec reniflement des parties génitales et léchage mutuel. Pendant plusieurs jours, ils ne se quittent plus. Après l’accouplement chacun retourne dans son territoire. La femelle élève seule sa progéniture. Un mâle peut s’accoupler avec plusieurs femelles mais une femelle ne s’accouple qu’avec un seul mâle.
Après un mois et demi de gestation, la mère cherche une tanière difficile d’accès et protégée à la fois du vent et de la pluie mais aussi des prédateurs éventuels. La gestation dure environs deux mois (63 à 70 jours). La mise bas se fait dans la discrétion. Ainsi naissent entre un à six petits, le plus souvent deux, aveugles et dont la première préoccupation est de trouver la tétine leur procurant le doux lait chaud de maman.
Ils ouvrent les yeux au bout de dix jours et après deux semaines de jeûne la femelle peut enfin partir à la chasse, les petits peuvent l’attendre. Après un mois, elle commence à régurgiter la viande qu’elle a chassée et prédigérée pour les petits.
Pour la première fois depuis le suivi de l’espèce en France, on assiste à un recul spatial du Lynx. L’espèce a perdu 12% de son espace occupé sur le territoire : 5 % sur le massif jurassien, 13% dans les Vosges et 25% dans les Alpes.
Le nombre de spécimens dans le Jura s’élèverait entre 108 et 173 individus. Pour les Vosges, ils seraient entre 19 et 30 individus. Cependant, ce chiffre est probablement surévalué et on aurait moins de 15 individus présents. Dans les Alpes, on compterait entre 14 et 22 individus.
Plusieurs facteurs sont dû à ce chiffre si peu élevé. le premier c’est qu’ils ont été réintroduit seulement depuis 1970. De plus, le premier facteur de mortalité est avant tout les accidents de la route. Le braconnage et la chasse sont également responsables de cette mise en danger de l’espèce.
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